Les promesses brisées du Premier ministre Harper
Résistance au "backlash" sur la Colline
L’ANFD sur la colline parlementaire
Maternité et droit : La défense des droits des femmes en 2007
La Loi sur la procréation assistée : mise à jour par le groupe de travail
L’équité salariale : une mise à jour
La protection du patrimoine familial au Québec
Défier la famille nucléaire, protéger les mères lesbiennes : une impasse juridique
Services de garde
Assurer l’avenir de l’ANFD
Jurisfemme
"…le manque à gagner
de 5 millions de dollars
minera la capacité de
Condition féminine
Canada de faire de la
recherche, de faire des
projets d'analyse et de
développement de
politiques, de faire des
consultations auprès des
femmes et de s'assurer
que les politiques, les lois
et les programmes sont à
l'image de l'égalité entre
les hommes et les
femmes.
Malheureusement, c'est la
réalité."
- Madame Maria Mourani,
MP (26/10/2006)
"C'est à cause des organismes extraordinaires dont
la députée de Nanaimo-Cowichan a parlé, comme
l'AFAI et l'Association nationale Femmes et Droit,
ce genre d'organismes qui ont été financés par
Condition féminine Canada, que nous avons été en
mesure de rendre des comptes. C'est également
une obligation internationale que nous devons
respecter en tant que pays aux termes de la
CEDEF et des responsabilités des Nations Unies
auxquelles nous avons souscrit. Sans le
financement que Condition féminine Canada peut
accorder et les organismes qui travaillent sur le
terrain, il est impossible d'atteindre de bons
résultats. Il est intéressant de jeter un regard sur
les résultats que le financement de ces groupes de
femmes nous a apportés. Ce financement est la
raison pour laquelle l'égalité des femmes demeure
importante.
- l’Hon. Carolyn Bennett, MP (12/2/2007)
Après à peine un an de règne, le gouvernement a
montré ses vraies couleurs. Le Premier ministre
veut annuler les réformes sociales des 30
dernières années. Il n'est pas étonnant que le Parti
conservateur ait décidé d'enlever le mot
«progressiste» de son nom. Cela signifie que nous
ne sommes plus face au conservatisme que nous
connaissons, mais bien à un conservatisme
idéologique qui fera reculer le Canada. Petit à
petit, le Premier ministre façonne le Canada selon
sa vision, qui est celle d'un Canada moins
progressiste et moins équitable. Il a sabré à tort
dans le financement des groupes de défense des
droits des femmes. Si nous voulons que les
Canadiens profitent des mêmes chances, nous
devons en faire davantage pour combler l'écart
économique et social entre les sexes.
- M. Michael Ignatieff, MP (15/2/2007)
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Les promesses brisées du Premier ministre Harper
par Andrée Côté, directrice des affaires juridiques pour l’ANFD
À la fin de la campagne électorale de janvier 2006, Stephen Harper promettait: «Oui, je suis prêt à appuyer les droits humains des femmes et je conviens que le Canada devrait faire plus pour respecter ses obligations internationales envers
l'égalité des femmes. Si je suis élu, je prendrai des mesures concrètes et immédiates, comme l'ont recommandé les Nations Unies, pour m'assurer que le Canada s'acquitte entièrement de ses engagements envers les femmes du pays.»
Pourtant, tout de suite après l'élection, le Premier ministre Harper a renié sa promesse. Malgré son statut minoritaire, le gouvernement conservateur a adopté une série
de mesures politiques dont la signification est sans équivoque : l'égalité des femmes n'est pas une priorité de ce gouvernement.
À vrai dire, le gouvernement a pris une foule de très mauvaises décisions au cours de la dernière année. Ces décisions vont manifestement nous éloigner d'un programme
de promotion des droits humains des femmes : l'abolition des ententes de financement du programme pancanadien de services de garde, la décision de ne pas adopter de
loi fédérale proactive tel que recommandé par le Groupe de travail sur l'équité salariale, l'élimination de tout financement du Programme de contestation judiciaire,
le démantèlement de la Commission du droit du Canada et la transformation en profondeur du mandat et des conditions d'admissibilité au financement de Condition féminine
Canada.
La réduction de 40% du budget de fonctionnement de Condition féminine Canada et la fermeture de 12 des 16 bureaux régionaux du ministère ont effectivement amputé le
ministère de sa capacité à subventionner des recherches relatives à la réforme du droit. Mais par-dessus tout, le gouvernement a modifié les conditions d'admissibilité
au Programme de promotion de la femme qui ne financera plus aucune recherche ni aucune activité visant à revendiquer des droits ou à influencer le gouvernement en faveur
des droits des femmes. De plus, la promotion de l'égalité des femmes a été retirée du mandat du Programme de promotion de la femme qui ne financera désormais que des
initiatives encourageant la «participation» des femmes dans les secteurs économique, social et culturel. Les organisations à but lucratif et religieuses peuvent maintenant se
prévaloir de ces fonds destinés à la «participation» des femmes. Ironiquement, la protection et la promotion des droits politiques et juridiques des femmes sont bannies
du Programme de promotion de la femme. Ces changements drastiques auront un effet paralysant. Les voix des organisations de femmes seront muselées et le travail de
l'ANFD et d'autres groupes de femmes revendiquant de l'égalité gravement compromis.
Dans ce dossier, les positions prises par Bev Oda, ministre de la
condition féminine, sont particulièrement troublantes. Elle a
essentiellement déclaré que l'égalité des femmes au Canada est
désormais une réalité et qu'il n'est plus nécessaire de financer la
réforme du droit et les groupes de défense de droits des femmes. La
ministre Oda a affirmé que les féministes qui ne sont pas d'accord avec
sa position «victimisent» les femmes.
Le 6 octobre 2006, elle annonçait à la Chambre des communes :
«Monsieur le Président, cessons de considérer les femmes comme des
victimes. Les femmes, les Canadiennes ne se voient pas comme des victimes».
Quelques semaines plus tard, le 10 novembre, elle renchérissait :
«Monsieur le Président, il faut bien comprendre que, si nous continuons
à dire aux femmes qu'elles ne sont pas égales aux hommes, elles vont
continuer à le croire. Nous sommes d'avis que tous les citoyens du
Canada sont égaux».
En d'autres mots, ce gouvernement tourne le dos à une vision
préconisant une «égalité véritable» qui reconnaisse que l'inégalité entre
les hommes et les femmes persiste toujours, et que l'État doit adopter
des mesures systémiques visant à promouvoir l'égalité au Canada.
Mais les féministes savent que la lutte pour l'égalité et les droits humains
des femmes est loin d'être terminée. Il suffit de consulter le plus récent
rapport de Statistique Canada sur les femmes pour constater qu'il reste
beaucoup de travail à faire pour réaliser une véritable égalité,
particulièrement en ce qui concerne les femmes des groupes
historiquement désavantagés. En réalité, dans son rapport de janvier
2003 sur la performance du Canada, le Comité des Nations Unies sur
l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes s'est montré très
critique face à l'inaction du gouvernement fédéral.
Le Comité de la CEDEF a demandé au Canada de prioriser ses efforts
pour mettre fin à la pauvreté des femmes, réformer les lois et pratiques
discriminatoires envers les femmes autochtones et modifier le
Programme concernant les aides familiales résidantes, plus
particulièrement l'obligation pour les travailleuses d'habiter chez leur
employeur. Il a demandé au gouvernement canadien d'agir face au
problème de la violence faite aux femmes, d'adopter des mesures pour accroître la représentation des femmes dans la
vie politique et publique, de progresser vers une stratégie nationale de services de garde, d'améliorer les prestations
de maternité et parentales, de redoubler d'efforts
pour atteindre l'équité salariale et de financer l'aide
juridique en matière civile et le Programme de
contestation judiciaire. En plus de négliger d'appliquer
ces recommandations, le gouvernement Harper a
récemment adopté nombre de politiques qui
constituent un rejet flagrant des suggestions de cet
important comité de l'ONU.
Les politiques de Harper ont suscité une mobilisation
générale parmi les femmes de toutes les provinces et
régions du Québec et du Canada. En octobre 2006,
la nouvelle Coalition spéciale pour l'égalité des
femmes et les droits de la personne passait à l'action
en diffusant des feuillets
d'information et des conseils
de lobbying et en écrivant
aux ministres et aux chefs
des partis d'opposition. Les député-es ont fait l'objet d'intenses pressions dans leurs
circonscriptions pendant tout l'automne et plus de 500 groupes locaux, provinciaux et
nationaux ont signé la Déclaration du 10 décembre en faveur de l'égalité et des droits humains des
femmes, rédigée par l'ANFD, et demandant au Premier ministre Harper de renverser ses
mauvaises décisions politiques. La Coalition a organisé une journée d'action pancanadienne le
8 décembre et une manifestation monstre le 10 décembre, pour souligner le 25e anniversaire
de la ratification par le Canada de la CEDEF. La manifestation a débuté par un ralliement
devant la Cour suprême du Canada et s'est terminée par des discours inspirants devant la
statue des Cinq femmes célèbres à Ottawa.
Les politiques du
gouvernement
Harper ont
également suscité des réactions internationales :
des organisations de femmes du monde entier ont envoyé
des lettres de protestation et une lettre
collective a été signée par six femmes
récipiendaires du prix Nobel de la Paix
dont Shirin Ebadi et Rigoberta Menchu.
À la Chambre des communes, tous les
partis d'opposition ont demandé à
maintes reprises au gouvernement Harper
de renverser ces politiques (voir l'article de Samantha Hendrickson) et
plusieurs critiques ont exigé la démission
de la ministre Oda, mais sans résultat. Elle
a été confirmée à son poste après le
remaniement ministériel de janvier 2007.
Toutefois, les mobilisations se poursuivent.
Les ministres fédérale, provinciales et territoriales
responsables de la condition féminine sont très préoccupées
par cette situation. Elles se sont réunies en février dernier
sans inviter la ministre fédérale de la Condition féminine. Suite
à cette rencontre, elles ont fait part au gouvernement de
leurs vives inquiétudes quant à l'impact sur les organisations
de femmes des coupures et des changements aux critères de
financement et ont demandé l'annulation de ces décisions.
Le jour de la Saint-Valentin, l'ANFD a envoyé à chaque
parlementaire un «Chaleureux Valentin» soulignant
l'importance de s'attaquer à la discrimination systémique, de
respecter la Charte et les autres instruments internationaux
de défense des droits humains et d'appuyer les activités de
revendication des groupes de femmes. Le 8 mars, Journée
internationale des femmes, la Coalition spéciale a produit un
autocollant et des dépliants d'information sur le thème
«Remettons l'égalité sur les rails!», et durant le mois de mars,
des organisations de femmes de tout le pays ont occupé des
bureaux régionaux de Condition féminine Canada pour
s'opposer à leur fermeture.
Même si nous n'avons pas réussi à renverser les changements
au mandat et aux critères de financement, le gouvernement
Harper a reculé sur le front des coupures, réallouant au
Programme de promotion de la femme les 5 millions
soustraits du budget de fonctionnement de Condition
féminine. Mais cette mesure ne restaurera pas la capacité de
CFC à défendre les droits des femmes au sein du
gouvernement ni ne garantira aux groupes de défense de
droits, comme l'ANFD, un financement dans l'avenir.
Le Comité permanent de la condition féminine a tenu des
audiences sur l'impact des coupures et changements apportés
aux critères de financement. Le 6 décembre 2006, l'ANFD
témoignait devant le comité dont le rapport devrait être
publié au cours du printemps.
Entre temps, l'ANFD et d'autres membres de la Coalition
spéciale pour l'égalité des femmes et les droits de la personne
se préparent pour une éventuelle élection au printemps. Il est
absolument fondamental pour notre démocratie que des
organisations de femmes continuent à recevoir des
subventions et à intervenir pour des réformes législatives
favorisant l'égalité des femmes. Si l'égalité des femmes est en
danger, il en va de même de la santé démocratique de notre
société et de notre capacité à maintenir et préserver nos
droits de la personne. C'est un message qu'il faut transmettre
haut et fort à toutes les candidates et tous les candidats.
Pour plus d'information, vous pouvez consulter le site Web
de l'ANFD au www.anfd.ca, et celui de la Coalition spéciale au
www.egalitedesfemmes.ca.
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Résistance au "backlash" sur la Colline
par Samantha Hendrickson
Le gouvernement conservateur actuel affirme que dans notre pays, toutes les femmes ont atteint l'égalité. Mais les
femmes du Canada savent que c'est tout à fait faux. Les coupures de 40% au budget de Condition féminine Canada, la
fermeture de 12 bureaux régionaux, l'abolition du Programme de contestation judiciaire et le retrait du mot ‘égalité’
des objectifs du programme de promotion de la femme ont laissé peu d'alternatives aux groupes et organisations de
femmes.
À la Chambre des communes, bon nombre de député-es du Nouveau parti démocratique, du Bloc Québécois
et du Parti libéral s'opposent fermement aux récentes décisions de Stephen Harper.
Ils exigent plus spécifiquement un renversement des coupures et une augmentation du budget, tel que prévu au départ.
Les partis et les groupes affiliés à plusieurs cercles politiques examinent soigneusement les actions du gouvernement
actuel pour démontrer qu'il accorde peu d'importance à l'égalité véritable. En réalité, sous prétexte de «chances
égales», le programme conservateur créé actuellement un dangereux précédent.
En raison du refus de financer la recherche et les activités de revendication et de lobbying, les problèmes que les
femmes affrontent quotidiennement ne seront pas traités directement. En bout de ligne, l'objectif d'égalité des femmes
au Canada s'en trouvera gravement compromis. Il est impératif de stopper les programmes politiques destructeurs. Ne
laissons pas l'égalité nous glisser entre les mains, exerçons des pressions auprès du gouvernement pour qu'il renverse
ses mauvaises décisions.
Continuez à lire pour voir ce que les députés ont à dire pour défendre les droits des femmes dans ce pays!
Monsieur le Président, la ministre n'a
malheureusement aucune crédibilité, parce que
la vérité, c'est que toutes les ministres
provinciales de la Condition féminine se
rencontrent aujourd'hui à Toronto. Elles n'ont
pas invité la ministre fédérale, parce que celle-ci ne
s'est aucunement montrée intéressée à travailler
avec ses homologues. Le dossier de la condition
féminine la laisse complètement indifférente.
Elle a sabré le budget, fermé douze bureaux
régionaux et modifié le mandat de telle façon
qu'il est impossible de promouvoir le droit des
femmes à l'égalité. La ministre va-t-elle tout
simplement reconnaître qu'elle n'est pas à la
hauteur, et va-t-elle démissionner avant de
causer encore plus de tort aux droits des
femmes?
- Madame Irene Mathyssen, MP (1/2/2007)
Dans une société où les femmes demeurent
marginalisées au sein des grandes institutions
politiques, sociales et juridiques – et je signale
que moins d'un député fédéral sur cinq est une
femme - il est essentiel de promouvoir le respect
des droits fondamentaux des femmes comme
l'égalité devant la loi, le droit à un niveau de vie
adéquat, à la vie et à la sécurité, et le même accès
aux possibilités économiques que les hommes, en
d'autres termes, l'égalité. Par égalité, j'entends
une égalité réelle, et non un concept juridique
abstrait.
- Madame Yasmin Ratansi, MP (28/3/2007)
Monsieur le Président, partout au Canada, les
femmes protestent contre les coupes pratiquées
par le gouvernement pour des motifs
idéologiques et contre l'élimination des
dispositions sur l'égalité… La ministre sait-elle
que son travail consiste à défendre les femmes,
pas à les attaquer?
- L’honorable Maria Minna, MP (12/12/2006)
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Samantha Hendrickson est une bénévole de l’ANFD qui complète son baccalauréat en études des femmes à l’Université Carleton.
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Le Programme de contestation judiciaire a aidé à appuyer l’ANFD
au fil des ans. Les initiatives récentes suivantes de l’ANFD ont
été rendues possibles grâce au PCJ :
• Intervention dans la cause Gosselin, 2005
• Analyse de la Loi sur la procréation assistée
• Consultations sur l’Amélioration du régime de prestations
maternité et parentales pour les femmes vivant hors Québec
• Consultations sur le transgenre et l’égalité réelle des femmes.
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L’ANFD sur la colline parlementaire -
Présentations aux commissions parlementaires
La défense du Programme de contestation judiciaire
par Margaret Denike
Le 11 décembre 2006, l'ANFD présentait un exposé verbal
et un mémoire
devant le Comité permanent du patrimoine canadien sur l'impact de l'annulation
du financement du Programme de contestation judiciaire du Canada (PCJ)
annoncée le 25 septembre 2006 par le gouvernement conservateur. Dans nos
présentations, nous avons fait valoir que
l'avancement d'une véritable égalité pour les
femmes et d'autres groupes historiquement
marginalisés nécessite des approches
proactives de réforme du droit, y compris
des initiatives pour appuyer la recherche et
l'éducation, le financement d'interventions
dans des causes types et l'introduction de
contestations judiciaires des lois et politiques
discriminatoires existantes. Nous avons
souligné le rôle crucial qu'a joué le PCJ pour
favoriser et soutenir de telles initiatives.
Nous avons également noté que, depuis sa
création en 1978, le Programme de
contestation judiciaire du Canada s'est révélé
un instrument clé pour permettre aux
groupes historiquement désavantagés d'accéder à une justice dont ils auraient
autrement été privés, les habilitant à se prévaloir des garanties constitutionnelles
à l'égalité prévues à l'article 15 de la Charte pour présenter des arguments devant
les tribunaux. Le PCJ a rendu les droits inscrits dans la Charte accessibles à la
population en aidant des personnes qui n'ont pas les moyens financiers de se
défendre. Nous avons cité des causes spécifiques, comme Ewanchuck et Mills, où
le financement du PCJ a permis à des organisations de femmes revendiquant
l'égalité à travailler en collaboration pour contester certaines dispositions
discriminatoires de nos procédures judiciaires pénales. Ces contestations ont
entraîné des changements concrets dans la vie des femmes.
Nous avons également fait pression sur le comité afin que celui-ci considère que
l'engagement envers les droits à l'égalité, assorti des moyens de les faire valoir et
de les protéger, un principe incorporé dans le Programme de contestation
judiciaire, est un élément internationalement reconnu et célébré du patrimoine
du Canada. La valeur du Programme de contestation judiciaire a été
formellement reconnue et louangée par des organes internationaux comme le
Comité sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des
femmes (CEDEF) en 2003, et par le Comité pour les droits économiques,
sociaux et culturels (PDESC) en 2006.
Dans son rapport subséquent au Parlement, le Comité permanent du patrimoine
canadien a endossé ces arguments, soulignant que l'annulation du programme
était incompatible avec l'obligation du gouvernement de promouvoir et protéger
les droits à l'égalité des personnes désavantagées au Canada et que des comités
des Nations Unies avaient reconnu la valeur exceptionnelle du programme.
Même si rien ne prouve que le gouvernement Harper tiendra compte de ces
conclusions et recommandations, le comité permanent a explicitement déclaré
que les raisons invoquées par ce gouvernement pour canceller le programme
étaient «injustifiées», et il a recommandé de continuer à financer le Programme
de contestations judiciaire au niveau de l'exercice financier 2005-2006.
La traite des personnes à des fins d’exploitation sexuelle
par Chantal Tie, avocate à Ottawa
Le 7 novembre 2006, l’avocate et
militante des droits des femmes Chantal
Tie a pris la parole au nom de l’ANFD
lors des audiences du Comité
permanent de la condition féminine
(FEWO) sur la traite des personnes à
des fins d’exploitation sexuelle. Voici
quelques extraits de sa présentation.
"La traite de personnes est à la fois un
problème national et un problème
international ou mondial. Nous avons
un problème de traite au pays,
principalement la traite de jeunes filles
et de femmes autochtones à l'intérieur
du Canada... Que ce soit la traite au
Canada ou en direction du Canada, les
facteurs contributifs principaux sont la
pauvreté, la violence, l'isolement social,
les problèmes de drogue et d'alcool, et
l'inégalité des sexes elle-même, qui se
manifeste dans la répartition inégale des
pouvoirs, de l'argent et des ressources
en matière d'éducation. À cause de cela,
les femmes ayant fait l'objet de la traite
de personnes ont besoin à la fois de
protection et d'aide.
Nous sommes cependant inquiètes
parce que le gouvernement a jusqu'ici
vu son rôle de façon très étroite, c’est à
dire comme un rôle de mise en
application de la loi et de criminalisation
du problème. Ironiquement, ceci
augmente la vulnérabilité des victimes
de la traite de personnes… En effet, les
trafiquants eux-mêmes utilisent la
menace de se faire arrêter, sous le
Code criminel ou à la Loi sur l'immigration,
comme un moyen de renforcer leur
emprise sur leurs victimes. La façon de
régler ce problème est de poursuivre
les trafiquants et non les victimes de la
traite elles-mêmes.
Lorsqu'il est question de la traite à
l'échelle mondiale, les mécanismes de
protection actuels sont terriblement
inadéquats : les examens des risques
avant renvoi ont un taux de succès
extrêmement faible. La revendication du statut de réfugié n'est parfois pas accessible
aux femmes victimes de la traite, parce qu'une fois qu'une mesure de renvoi a été
prise, vous n'avez pas accès au statut de réfugié. Si les femmes ne reçoivent pas un avis
juridique approprié avant la mise en application de la loi par le ministère de
l'Immigration, elles n'ont pas accès au statut de réfugié.
Les demandes pour des raisons d'ordre humanitaire sont entièrement inadéquates. Et
il n'y a pas de sursis à la mesure de renvoi pendant l'étude des demandes pour des
motifs d'ordre humanitaire. Les demandes faites pour ces raisons comportent des frais
qui dépassent les ressources dont disposent ces femmes dans de nombreux cas. Les
femmes seraient rarement admissibles en vertu des critères d'ordre humanitaire,
parfois pour des raisons directement liées à leur état de victimes de la traite, comme
la participation à des activités criminelles, volontairement ou involontairement, ou
l'incapacité de s'installer au Canada si quelqu'un a des compétences peu élevées. Il n'y
a pas d'accès à un avis juridique dans un grand nombre de cas pour ce genre de
demande. Il devrait y avoir du financement approprié pour les organismes qui
viennent en aide aux victimes de la traite de personnes, de sorte qu'ils puissent fournir
des conseils adaptés au sexe et de l'aide pour trouver un autre emploi et une amélioration des conditions pour
contrebalancer l'inégalité qui a été la raison initiale pour laquelle ces personnes ont fait l'objet de la traite.
Sur la scène internationale, nous devons mieux exploiter les ressources visant l'égalité des sexes et l'élimination de la
pauvreté. Nous devons appuyer les initiatives particulières pour mobiliser les collectivités des femmes dans le combat contre
la traite dans leur propre collectivité. La traite est aussi reliée aux guerres civiles et aux conflits. Les femmes s'enfuient sans
protection de leur famille et doivent se débrouiller toutes seules. Elles sont, pour les trafiquants de personnes, une cible
évidente. Dans les zones de conflit, les femmes victimes de la traite ont besoin d'une aide importante. Le Canada doit aussi
s'assurer que ses troupes de maintien de la paix protègent les femmes et n'utilisent pas les services de femmes victimes de la
traite."
En février 2007, le FEWO publiait un rapport intitulé De l’indignation à l’action pour contrer la traite à des fins
exploitation sexuelle au Canada. Plusieurs des recommandations de l’ANFD y ont été intégrées.
RECOMMENDATION 14
Le Comité recommande que Citoyenneté et
Immigration Canada élargisse l’accès aux
filières de migration et fournisse plus de
renseignements à ce sujet, afin de rendre les
femmes plus à même de migrer en toute
indépendance et en sécurité.
RECOMMANDATION 15
Le Comité recommande que le Comité
permanent de la citoyenneté et de
l’immigration et le Comité permanent de la
condition féminine de la Chambre des
communes examinent les obstacles à
l’immigration canadienne qui peuvent rendre
les femmes plus vulnérables à la traite des
personnes.
- Du rapport De l'indignation à l'action pour
contrer la traite à des fins d'exploitation sexuelle au Canada (février 2007).
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Chantal Tie prépare et présente des revendications de statut de réfugiée depuis plus de 20 ans.
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Maternité et Droit : La défense des droits des femmes en 2007
par Chi Nguyen
En mai 2007, l'ANFD, en collaboration avec l'Université d'Ottawa, sera l'hôte de Maternité et droit, sa conférence
biannuelle qui aura lieu le vendredi 11 mai et le samedi 12 mai, durant la fin de semaine de la Fête des mères.
La conférence se veut une occasion de discuter de politiques, programmes et réformes juridiques qui feront progresser
les droits des mères à l'égalité : amélioration des prestations de maternité et parentales, services de garde universels,
réformes du droit de la famille favorisant la sécurité et l'égalité des femmes, accès aux biens matrimoniaux pour les
femmes autochtones vivant sur réserve, droits parentaux des mères lesbiennes, parrainage conjugal des immigrantes et
nombre d'autres enjeux importants.
L’ANFD se propose également de discuter avec
ses membres et ses alliées des moyens à prendre
pour défendre nos droits et réformer le droit
dans la conjoncture politique actuelle. En raison
des changements au mandat et aux critères de
financement du Programme de promotion de la
femme, l'ANFD et d'autres organisations de
femmes doivent impérativement développer des
moyens alternatifs de promouvoir le militantisme
féministe avec un budget très restreint, et nous
avons besoin de vos suggestions!
Cette fin de semaine se terminera par un "Lobby
de la Fête des mères" sur la Colline du Parlement,
le lundi 14 mai, et nous vous invitons à venir
expliquer à votre député-e ce que les femmes
attendent réellement du gouvernement fédéral.
Pages reliées :
Publication sur la conférence
Message de la Fête des Mères 2007
(aussi en format doc)
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Les membres du groupe de travail :
Yvonne Peters, Louise Langevin, Maneesha Deckha, Andrée Côté, Chi Nguyen, Madeline Boscoe et Abby Lippman.
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La Loi sur la procréation assistée : mise à jour par le groupe de travail de l’ANFD
par Maneesha Deckha, professeure adjointe à l’Université
de Victoria et membre du Conseil de direction national de l’ANFD
Le groupe de travail de l'ANFD sur les techniques de procréation se réunira à Montréal au début de juin 2007 pour
préciser la position de l'ANFD quant à la Loi sur la procréation assistée qui sera probablement réexaminée après la
prochaine élection. La Loi reflète la position du Canada sur un éventail de questions bioéthiques controversées
relatives à la procréation assistée, notamment la recherche sur les embryons, les contrats commerciaux de
maternité de substitution, la sélection du sexe et des capacités et le commerce de matériel reproductif humain.
Parce que les corps des femmes sont intinement liées au fonctionnement de ces technologies, l'ANFD juge
essentiel d'élaborer une position sur ce qui devrait être conservé dans la Loi et sur ce qui devrait changer. Lors de
cette rencontre d'une journée et demie, des expertes représentant des perspectives diversifiées tenteront
d'articuler une réponse féministe à ces questions hautement controversées. La rencontre de Montréal permettra
au groupe de travail d'échanger et de collaborer avec des femmes qui travaillent sur ces questions dans tout le
pays afin que l'ANFD soit prête à présenter des mémoires au gouvernement fédéral lorsque le Parlement
procédera à l'examen de la Loi. Avec le soutien du Programme de contestation judiciaire, qui a été aboli depuis,
l'ANFD a déjà collaboré dans ce dossier avec le Réseau canadien pour la santé des femmes. Le groupe de travail
est impatient d'appliquer une analyse intersectionnelle à la consultation en vue d'explorer la complexité du débat
et de s'assurer que les recommandations de l'ANFD reflètent la diversité des femmes.
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• Une femme gagne 71 sous
pour chaque dollar gagné par
un homme.
• Une femme autochtone gagne
46 sous pour chaque dollar
gagné par un homme.
• Une femme appartenant à une
minorité visible gagne 64 sous
pour chaque dollar gagné par
un homme.
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L’équité salariale : une mise à jour
par Sue Genge
Le gouvernement fédéral – le "Nouveau gouvernement" du Canada – a décidé de prendre un énorme pas en arrière
dans le dossier du salaire égal pour un travail de même
valeur. Il n’y a rien de nouveau dans leur plan d’équité salariale.
Plus de trente ans après l’adoption de la Loi canadienne sur
les droits de la personne, les femmes gagnent encore moins
que les hommes en moyenne, peu importe leur profession,
leur âge ou leur niveau descolarité. Aujourd’hui, une femme
qui travaille à temps plein toute l’année, gagne en moyenne
71 cents pour chaque dollar que gagne un homme. Plus particulièrement,
les femmes autochtones gagnent 46 cents et
les femmes de couleur 64 cents en moyenne comparativement
à leurs homologues masculins... c’est une statistique
choquante. Notre législation sur l’équité salariale ne fonctionne
pas.
En 2004, le Groupe de travail sur
l’équité salariale instauré par le
gouvernement fédéral a publié un
rapport à la suite d’un examen approfondi
et a conclu que la législation
fédérale actuelle sur l’équité
salariale ne fonctionne pas. Il a recommandé
l’adoption d’une nouvelle
loi proactive sur l’équité
salariale, semblable à celles en
vigueur en Ontario et au Québec.
Au cours de l’examen du Groupe
de travail, tous les intervenants –
employeurs, syndicats, groupes de femmes – ont convenu
qu’une nouvelle loi efficace et accessible s’imposait, une loi
qui exige que les employeurs prennent des mesures positives,
qui prévoie des normes claires et qui permette l’accès
à un organisme spécialisé et autonome d’arbitrage.
Le Réseau de l’équité salariale a été formé en réponse au
rapport du Groupe de travail. Ce réseau comprend onze
organisations nationales et provinciales intéressées par
l’égalité économique des femmes. Dans ses efforts de lobbying
en 2005, le Réseau de l’équité salariale a entre autres,
obtenu l’appui de plus de 200 organisations à travers le Canada
grâce à une demande d’action sur la mise en oeuvre
immédiate des recommandations contenues dans le rapport.
Le Comité permanent de la condition féminine a recommandé
à deux reprises que le gouvernement introduise une
législation proactive. Dans sa réponse tablée le 18 septembre
2006, le gouvernement a ignoré le consensus atteint
durant le processus du Groupe de travail et l’appui massif
pour la réforme des lois sur l’équité salariale. Il a plutôt décidé
de revenir au système qui s’est avéré totalement
inadéquat au cours des derniers vingt-cinq ans. Il a déclaré
qu’il rendrait la loi actuelle efficace par l’entremise de l’éducation,
d’inspections et de la médiation.
Toutefois, l’éducation, la médiation et les suivis de conformité
sont tous des volets de la politique gouvernementale
depuis le début des années 1980. Travail Canada, tel
qu’il était à ce moment-là, a exécuté ce programme pendant
des années, sans résultats tangibles. Les femmes individuellement
et leur syndicat avaient pour seul recours de se plaindre
et ceci s’est avéré inefficace à plusieurs reprises, sans
oublier le facteur temps et les coûts élevés.
Bell Canada et le Syndicat canadien des communications, de
l'énergie et du papier représentant les téléphonistes de Bell,
d’une part, ont consacré 14 ans et des centaines de jours de
démêlés juridiques pour parvenir à une entente. La cause de
l’équité salariale de la Société canadienne des postes et de
l’Alliance de la Fonction publique du Canada, d’autre part,
dure depuis déjà 23 ans, et aucun règlement n’est encore en
vue. Ce ne sont que deux des nombreux exemples
de l’échec du système actuel fondé sur
les plaintes.
À l’occasion du troisième anniversaire de la
publication du rapport du Groupe de travail, le
Réseau de l’équité salariale tente d’organiser
des réunions avec les chefs de tous les partis
fédéraux. Nous voulons dire au Premier
ministre que l’approche de son gouvernement
est malavisée et inacceptable pour les travailleuses
canadiennes. Nous espérons obtenir
l’engagement des trois partis de l’opposition
pour appuyer l’introduction d’une législation
proactive en matière d’équité salariale. Ceci est particulièrement
important dans le cas des Libéraux en raison de leur
manque d’action lorsqu’ils ont formé le gouvernement.
Ceux-ci voulaient d’autres études sur la question. Le temps
d’étudier et de consulter est terminé depuis longtemps.
Nous dirons à tous les partis politiques que les travailleuses
ont besoin d’un nouveau système d’équité salariale. Le gouvernement
doit prendre des mesures qui respectent les efforts
des intervenants dans l’élaboration du rapport du
Groupe de travail. Le gouvernement doit prendre des mesures
qui rendront le système d’équité salariale conforme à
ses engagements nationaux et internationaux en matière de
droits de la personne. Le gouvernement doit prendre des
mesures qui reconnaissent la contribution des travailleuses à
notre économie.
Nous ne voulons pas revenir en arrière à propos de l’égalité
des femmes, mais c’est malheureusement tout ce que le
gouvernement conservateur offre aux femmes du Canada.
_________
Sue Genge est la représentante nationale du Service de la condition féminine et des droits de la personne du Congrès du travail du Canada,
qu'elle représente aussi au sein du Réseau de l’équité salariale.
Article relié : Le Réseau sur l’équité salariale en action, ANFD, 30/05/2007
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"Monsieur le Président, je serai claire.
Il n'y a que les députés d'en face qui
croient qu'il est important que les
associations et les groupes de femmes
soient financés. Nous financerons les
groupes et les associations qui veulent
aider directement les femmes dans
leurs collectivités et leurs
communautés à relever les défis
auxquels les femmes sont confrontées
depuis quelques années."
- L’hon. Bev Oda, ministre
de Patrimoine canadien et de la
Condition féminine (11/12/2006)
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La protection du patrimoine familial au Québec
par Marie-Claire Belleau, professeure agrégée à l’Université Laval
Les ententes «prénuptiales» deviennent de plus en plus
populaires en Amérique du Nord. Ces contrats privés
permettent aux parties de mettre de côté les dispositions
égalitaires des lois sur le droit de la famille. Elles visent
généralement à protéger le patrimoine de l’époux le plus riche,
qui se trouve plus souvent qu’autrement à être un homme. Le
régime québécois de protection du patrimoine familial - duquel
les parties ne peuvent déroger lors du mariage - est à cet
égard un modèle intéressant, puisqu’il vise à protéger les
intérêts économiques des conjointes les plus vulnérables.
En 1866, le Code civil du Bas Canada consacre l’incapacité
juridique de la femme mariée sous tous les régimes
matrimoniaux et la range au nombre des personnes
privées du pouvoir d’exercer seules leurs droits civils, à
côté des mineurs et des interdits pour démence ou pour
prodigalité. Le régime matrimonial légal est celui de la
communauté de biens selon lequel le mari, chef de famille,
est également le chef de la communauté.
Contrairement aux effets du régime de la communauté de
biens sur la capacité de la femme mariée, la conjointe
séparée de biens par contrat de mariage peut administrer
ses propres biens. Sauf quelques exceptions, elle garde
ainsi la libre administration et disposition de tous ses
biens, mais elle ne peut les aliéner sans le consentement
de son mari. Toutefois, sous ce régime, elle renonce
d’avance à toute part des biens, actuels ou futurs, de son
mari.
En 1968, le divorce devient véritablement accessible et
socialement acceptable. Dans ce contexte, le régime de la
séparation de biens entraîne des injustices et des iniquités
importantes. Le cas typique concerne la femme à la
maison mariée sous le régime de la séparation de biens.
Tous les biens sont enregistrés au nom du mari. Au
moment de la dissolution du mariage, le mari est
propriétaire de tous les biens du couple et la femme,
dépendante financièrement, se retrouve sans propriété et
sans source de revenus puisqu’elle s’est occupée des
enfants pendant la vie conjugale.
Afin de contrer ces injustices, le législateur intervient à
maintes reprises. Il adopte successivement le régime légal
de la société d’acquêts en 1970 et la prestation
compensatoire en 1980.
Toutefois, en 1985, après des décisions particulièrement
conservatrices des tribunaux du Québec, le législateur
commence à rectifier sa position et à élaborer la Loi sur le
patrimoine familial qui fut adoptée en 1989. L’introduction
du patrimoine familial vise précisément à faire
partiellement échec au régime de la séparation de biens
en imposant une certaine solidarité entre les époux qui
vivent une rupture conjugale. En effet, toute contribution
à cette entreprise familiale est reconnue, que le travail ait
été ou non rémunéré.
Le patrimoine familial inclut donc tous les biens qui ont
servi à l’usage de la famille pendant la durée de la relation
familiale, et cela peu importe leur date d’acquisition. Il est
composé des biens suivants : «les résidences de la famille
ou les droits qui en confèrent l'usage, les meubles qui les
garnissent ou les ornent et qui servent à l'usage du
ménage, les véhicules automobiles utilisés pour les
déplacements de la famille et les droits accumulés durant
le mariage au titre d'un régime de retraite».
Les dispositions du patrimoine familial ont été adoptées le
21 juin 1989 et sont entrées en vigueur le 1er juillet 1989
suivant. Le législateur a voulu donner à ce nouveau régime
une portée générale et universelle ainsi qu’un caractère
absolu et d’ordre public. Ainsi, tous les mariages, quel que
soit le régime matrimonial adopté, qu’ils aient été
contractés avant ou après l’entrée en vigueur de la loi (sauf
les rares désengagements permis), sont assujettis aux
nouvelles dispositions. Le régime est un effet du mariage
et le contenu du patrimoine familial ne peut faire l’objet de
négociation puisque la loi en détermine les règles
impératives.
__________
1 - Article 415 Code civil du Québec
2 - Loi modifiant le Code civil du Québec et favorisant l’égalité économique entre les époux, L.Q. 1987, c. 18.
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Défier la famille nucléaire, protéger les mères lesbiennes : une impasse juridique
par Fiona Kelly
Malgré l'augmentation considérable du nombre de lesbiennes
qui choisissent de devenir parent, et des nombreuses
victoires juridiques remportées au cours des dernières
années, les mères lesbiennes demeurent toujours
juridiquement vulnérables. Les mères non biologiques sont
particulièrement susceptibles d'être livrées aux caprices des
mères biologiques et des tribunaux, tandis que le statut
juridique des donneurs de sperme connus est toujours loin
d'être résolu.
La nécessité de définir la parentalité dans les familles dirigées
par des lesbiennes s'est avérée un des enjeux les plus litigieux
en droit contemporain de la famille. Au milieu des années
1990, une série de contestations fondées sur la Charte ont
forcé plusieurs provinces à élargir et adapter leurs critères
d'adoption pour permettre aux mères lesbiennes non
biologiques, avec consentement, d'adopter l'enfant de leur
partenaire, sans que la mère biologique ne perde ses droits
parentaux. En d'autres mots, les enfants peuvent avoir deux
mères légales. Plus récemment, des contestations fondées
sur les droits à l'égalité comparaient le traitement juridique
de couples de lesbiennes ayant conçu avec l'aide d'une
insémination par donneur et celui de couples hétérosexuels
ayant utilisé la même méthode. Ces contestations ont forcé
cinq provinces à créer des certificats de naissance
sexuellement neutres qui permettent à deux femmes de
s'inscrire sur le certificat de naissance d'une ou d'un enfant
lors de sa naissance. Finalement, dans une cause plaidée
récemment en Ontario par deux mères lesbiennes et leur
«papa» donneur, il a été décidé que les enfants pouvaient
légalement avoir trois parents.
Ces victoires ont certainement amélioré le contexte
juridique de la parentalité lesbienne, mais elles n'ont pas
résolu tous les problèmes. En plus de dépendre du
consentement de la mère biologique (et du père biologique,
dans le cas de donneurs connus), les adoptions par un
second parent sont assorties d'une période d'attente,
requièrent habituellement des services juridiques et coûtent
plusieurs milliers de dollars. La période d'attente et la facilité
avec laquelle les mères biologiques peuvent refuser ou
retirer leur consentement placent les mères non biologiques
dans une situation particulièrement vulnérable. Le nouveau
certificat de naissance n'est pas parfait non plus. D'abord, la
valeur des certificats de naissance comme preuve du lien de
parenté n'est pas claire. Deuxièmement, ils ne peuvent être
utilisés que lors d'une naissance par don de sperme
anonyme. Ce dernier élément pointe vers l'échec du système
actuel à définir les droits et responsabilités (s'ils en ont) des
donneurs de sperme connus. Même la décision ontarienne des
«trois parents» ne nous aide pas à résoudre cette question,
puisque ces mères ont choisi d'inscrire le père sur le certificat
de naissance de l'enfant, occultant par le fait même la question
de sa reconnaissance comme parent légal en cas de
contestation judiciaire.
En 2005, j'ai mené des entrevues auprès de 49 mères
lesbiennes vivant en Colombie-Britannique et en Alberta au
sujet de leurs expériences parentales. Trois enjeux ont été
soulevés. Premièrement, les femmes ont exprimé leurs
frustrations devant l'échec de la loi à systématiquement
reconnaître les deux mères comme parents légaux. Elles
étaient particulièrement préoccupées de la vulnérabilité
persistante des mères non biologiques. Deuxièmement, les
femmes pensent que la loi devrait pouvoir reconnaître plus de
deux parents légaux (ou un seul parent légal), lorsque telle est
l'entente adoptée par les parties. Finalement, considérant le
degré d'importance croissant accordé aux droits des pères
biologiques, les mères veulent que la loi clarifie les droits et
responsabilités (s'ils en ont) des donneurs connus. Même si
elles appuient l'expansion de la famille légale pour y inclure un
donneur, lorsque telle est l'entente entre les parties, elles
veulent également pouvoir exclure un donneur dans les
situations où il n'était pas prévu qu'il devienne parent.
Témoignant de leurs plus importantes préoccupations, la
plupart des mères appuient un modèle de réforme du droit qui
combine présomptions parentales fondées sur les intentions
d'un couple (ou du parent principal) et mécanismes d'inclusion
permettant à la famille, avec le consentement des parents
principaux, de s'agrandir au-delà du modèle nucléaire. Dans
des situations où, suite à des ententes mutuelles, l'enfant a été
conçu avec l'apport des gamètes d'un tiers parti, comme un
donneur de sperme, ces éléments de présomption serviraient
à garantir automatiquement aux couples ou aux individus une
pleine et entière protection juridique à titre de parents.
Autrement dit, les postulats biologiques seraient décentrés et
l'attention redirigée vers l'intention des parents. Dès lors, les
procédures d'inclusion permettraient à des parents
additionnels de se joindre à la famille légale avec le
consentement des parents de fait. Ces mécanismes d'inclusion
maintiendraient la centralité de la famille composée de deux
mères lesbiennes, tout en ouvrant la porte à d'autres options.
_________
Fiona Kelly est professeure adjointe et doctorante à la Faculté de droit de l'Université de Colombie-Britannique.
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Services de garde
par Natalie Groen
Les services de garde sont toujours un enjeu
particulièrement important pour de nombreuses femmes
au Canada. En effet, près des trois-quarts des mères de
jeunes enfants combinent travail rémunéré et soins à
donner aux enfants. Les services de garde sont donc la clé
qui offre aux femmes un accès égal au monde du travail. Le
système de services de garde du Premier ministre Harper
sape toutefois leurs chances d'intégrer la population active
parce qu'elles sont incapables de payer pour des services
de garde de qualité et se retrouvent obligées de rester à la
maison avec leurs enfants.
C'est pourquoi l'ANFD appuie entièrement le projet de Loi
sur l'apprentissage et la garde des jeunes enfants, qui vise à
corriger les disparités actuelles et à fournir des services de
garde viables et véritablement favorables aux familles et aux
femmes qui en ont le plus besoin. La Loi sur l'apprentissage et
la garde des jeunes enfants reconnaît qu'en plus d'aider au
développement des enfants, un programme de services de
garde fonctionnel et avantageux pour les femmes et leurs
familles doit être accessible, universel et tenu à la reddition
de comptes. Le projet de loi garantit également
l'universalité du système dans toutes les provinces, tout en
reconnaissant la compétence unique du Québec. La Loi sur
l'apprentissage et la garde des jeunes enfants est une politique
cohérente qui offrira aux femmes les services de garde de
qualité et abordables auxquels elles sont en droit de s'attendre.
Cette Loi sera garante d'un milieu éducationnel et sécuritaire
pour les enfants et permettra aux femmes de subvenir aux
besoins matériels de leurs familles.
Dans les faits, la Loi sur l'apprentissage et la garde des jeunes
enfants édicte des normes et des critères que les provinces et
territoires doivent respecter pour recevoir des subventions
fédérales. Le projet de loi comprend un plan remarquable et
réalisable qui tient compte de l'égalité des femmes en offrant un
système de services de garde qui profitera aux femmes, à leurs
familles et à toute la société. Non seulement la Loi sur
l'apprentissage et la garde des jeunes enfants financera-t-elle
adéquatement l'apprentissage et la garde d'enfants, mais elle
permettra aussi de s'assurer que l'argent est investi dans la
création de services de garde de qualité, accessibles, universels
et tenus de rendre des comptes aux femmes et aux enfants de
tout le Canada.
_________
Natalie Groen est une bénévole de l’ANFD qui complète son baccalauréat en études des droits humaines et droit à l’Université Carleton.
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Les 5 à 7 avec l’ANFD : résister au "backlash" anti-féministe en 2007
EN SAVOIR PLUS SUR :
• les coupures récentes de Condition féminine Canada
• le musellement des activités féministes au Canada
RECEVEZ LE ‘ZINE de l’ANFD et VOUS JOINDRE…
• au fun féministe en devenant membre de l’ANFD
• à la réflexion sur les dossiers de l’ANFD
• aux voix féministes en écrivant à Harper et votre député-e fédéral-e!
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Assurer l'avenir de l'ANFD
Résister et survivre en 2007
par Tracy Fenton, chargée du développement de fonds à l’ANFD
L'ANFD a lancé sa campagne "Résister et survivre" pour réagir aux changements de mandat du Programme de promotion de la
femme de Condition féminine Canada qui exclut désormais la majorité des activités de l'ANFD de tout financement
récurrent. Pour poursuivre son travail indispensable à l'avancement des femmes du Canada, l'ANFD doit se procurer
300,000$ avant le 1er septembre 2007. Même si l'ANFD entend solliciter des sociétés, entreprises,
organismes et fondations partageant des points de vues similaires, nous comptons surtout sur des personnes comme
vous, des personnes qui valorisent la démocratie au Canada et des droits égaux pour toutes les femmes.
Vous voulez nous aider?
• 750 femmes donnant chacune 200$ nous permettront d'atteindre la moitié de notre objectif. Ceci ne représente
que 75 femmes par province. Veuillez considérer faire un don et, si vous connaissez quelqu'un-e qui peut appuyer l'ANFD de
cette manière, parlez-lui de notre campagne.
• Organisez un souper "Résister et survivre" de l'ANFD! Si vous aimez cuisiner et organiser des soirées festives, c'est la solution rêvée.
• Contactez Tracy à funds@nawl.ca pour plus d’idées et de conseils.
• TOUS LES DONS COMPTENT! Que vous puissiez donner 5$, 10$, 20$ ou 1,000$, l'ANFD peut faire bon usage de toutes vos contributions pour toutes les femmes du Canada.
Veuillez libeller votre chèque à l'ANFD et l'envoyer à cette adresse.
Veuillez noter "Résister et survivre" au bas de votre chèque
pour nous permettre d'encaisser adéquatement votre contribution.
_________
Tracy Fenton a travaillé au Service correctionnel du Canada pendant 11 ans. Elle a récemment complété un MBA à l’Université Queen’s.
Les 5 à 7 avec l’ANFD - Résister au backlash antiféministe en 2006-2007
par Chi Nguyen, Jackie Steele et Sam Hendrickson
Au cours des quatre derniers mois, la tournée Les 5 à 7 avec l'ANFD, a
couvert 10 campus universitaires à travers le pays pour discuter avec un grand nombre d’étudiantes de la situation du
militantisme féministe au Canada ainsi que du passé, du présent et de l'avenir de l'ANFD. Ces activités nous ont
permis d'accroître le soutien aux luttes menées par les féministes, de faire connaître les contributions de l'ANFD
aux politiques favorisant l'égalité et la réforme du droit au Canada et
d'échanger avec ces jeunes femmes à propos du climat politique auquel les féministes font face aujourd'hui.
L'ANFD a également profité de l'occasion pour les interroger sur
leurs priorités en matière de défense de leurs intérêts politiques et
de la lutte pour l'égalité des femmes. Nos discussions avec ces jeunes
femmes et aussi avec des militantes expérimentées nous ont fourni
une foule de pistes à suivre :
• nous devons continuer à oeuvrer pour améliorer les services de garde au Canada;
• les changements à Condition féminine Canada rendent les femmes plus vulnérables;
• nous devons trouver des solutions aux problèmes d'équité salariale, de pauvreté et de violence envers les femmes.
Les femmes ont également désigné l'égalité en milieu de travail comme étant au coeur
de leurs préoccupations.
À l'automne 2007, nous allons continuer à
rencontrer des jeunes femmes de tout le pays dans le but de créer
une nouvelle synergie et une vision pour l'avenir de l'ANFD. Nous
voulons également contribuer à la création d'espaces où les femmes
du Canada pourrait parler des femmes et du droit et des femmes en droit.
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Volume 24, no 1
Hiver 2006
Jurisfemme est une publication de l’Association nationale Femmes et Droit (ANFD), 1066, rue Somerset, Ottawa (Ontario) K1Y 4T3
Téléphone : (613) 241-7570, télécopieur : (613) 241-4657, courrier électronique : info@nawl.ca
L’ANFD est un groupe de femmes sans but lucratif qui appuie les droits des femmes à l’égalité par un travail d’éducation, de recherche et de réforme active du droit.
Nous reconnaissons que chaque femme vit l’inégalité de façon spécifique compte tenu des formes systémiques de discrimination liées à la race, la classe sociale,
l’orientation sexuelle, les handicaps, l’âge, la langue et d’autres facteurs. Nous croyons qu’une société juste et égalitaire valorise et accueille la diversité.
Nous voulons travailler collectivement et de concert avec d’autres groupes à démanteler les entraves à l’égalité de toutes les femmes.
Responsables de la publication
Personnel de l'ANFD
Coordonnatrice de Jurisfemme : Chi Nguyen
Vos contributions sous forme d'articles, d'annonces ou d'informations sur diverses ressources sont les bienvenues. Nous nous réservons le droit de modifier les
textes proposés.
L'ANFD remercie le Programme de promotion de la femme de Condition féminine Canada pour son soutien financier.
ISSN 0835-0892
Personnel de l'ANFD
Directrice générale par intérim : Pamela Cross
Directrice des affaires juridiques : Andrée Côté
Coordonnatrice de bureau : Fatouma Abhidhali
Stratégiste en communications : Jackie F. Steele
Communications et membership : Chi Nguyen
Promotrice de fonds : Tracy Fenton
Chercheure : Julie Lassonde
Conseil de direction national
Louise Langevin (Québec)
Chantal Richard (Ottawa)
Alana Patterson (Halifax)
Kerry Lynn Okita (Calgary)
Yvonne Peters (Winnipeg)
Représentantes régionales
Ontario : Alison Dewar, Ottawa
Atlantique : Louise Aucoin, Moncton
Québec : Louise Riendeau, Montréal
C.-B./Yukon : Maneesha Deckha
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